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Revers pour le projet Europacity : un espoir pour les oiseaux des champs

La justice a annulé la création de la ZAC du "Triangle de Gonesse", où devait être construit ce complexe sur l'une des dernières zones agricoles proches de Paris.

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Revers pour le projet Europacity : un espoir pour les oiseaux des champs

Terres agricoles dans le Triangle de Gonesse (Seine-Saint-Denis/Val-d'Oise), sur lesquelles devait être construit le vaste ensemble commercial Europacity.
Photo : Jacalacha / Association "Collectif pour le Triangle de Gonesse"

Après l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes (Loire-Atlantique) en janvier 2018 (lire Les oiseaux qui ont échappé au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes), voici une autre bonne nouvelle pour les protecteurs de la nature. La justice administrative a annulé ce mardi 6 mars 2018 la création de la Zone d'Aménagement Concertée (ZAC) dite du Triangle de Gonesse, située sur les territoires de la commune de Gonesse (Val-d'Oise) et de Roissy-en-France (Seine-Saint-Denis), à une quinzaine de kilomètres au nord-est de Paris. Le tribunal a estimé que l’étude d’impact présentée au printemps 2016 lors de l’enquête publique sur la création de la ZAC comportait "d’importantes lacunes, notamment en matière d’environnement et d’émissions de CO2". C'est une bataille gagnée pour les opposants, dont le Collectif pour le Triangle de Gonesse, qui organise un grand rassemblement sur place le dimanche 27 mai 2018 (plus d'informations sur Nonaeuropacity.com).

Ce secteur de 750 hectares, essentiellement composé de riches terres agricoles (parmi les dernières du département de Seine-Saint-Denis), devait accueillir sur 280 hectares un quartier d'affaires, des hôtels et des résidences, et surtout le fameux complexe Europacity, un ensemble de commerces, d'installations culturelles et de loisirs (parc aquatique, piste de ski, boîtes de nuit...) porté par Immochan, la filiale immobilière du groupe de distribution Auchan, et cofinancé par la société immobilière chinoise Wanda. Seuls 400 hectares devaient conserver leur vocation agricole.

Le triangle de Gonesse est délimité par les autoroutes A1 et A3, la Francilienne, les aéroports de Roissy et du Bourget, et les zones logistiques et commerciales de Paris-Nord. Outre des champs d'orges d’hiver et de printemps, de blés d’hiver et de printemps, de maïs et de betterave, on trouve un petit espace boisé (le bois de Vaudherland), des bassins d’orage, quelques prairies et haies aux abords de bâtiments et d'espaces de loisirs (ball-trap, lieu-dit "Le Fort"), et une ancienne zone de vergers.

Le coup d'arrêt du projet d'urbanisation partielle de ce secteur, est une bonne nouvelle car elle permet de préserver (pour le moment) le potentiel agronomique de ces terres limoneuses et de conserver une zone de passage et de nourrissage pour les oiseaux et les mammifères. Le bureau d'études Écosystèmes Expertise avait été sélectionné pour effectuer un inventaire de la flore et de la faune en 2012, et leur étude a été publiée en 2013 et mise à jour en 2016.

Les limites de la ZAC du "Triangle de Gonesse"

Les limites de la ZAC du  Triangle de Gonesse (Seine-Saint-Denis/Val-d'Oise).
Carte : Ornithomedia.com d'apès Google Maps et Europacity

228 espèces végétales (21 espèces d’arbres, 15 arbustes et 191 plantes herbacées) ont été recensées durant cet inventaire. Il s'agit en grande majorité de végétaux communs en Île-de-France, mais quelques plantes plus rares ont été trouvées dans des espaces restreints (friches, bordures de champs, bassins d'orage), comme la Chlore perfoliée (Blackstonia perfoliata) et la Patience à crêtes (Rumex cristatus). Une espèce figure même sur la liste rouge régionale, l’Anémone fausse renoncule (Anemone ranunculoides), notée sur le lieu-dit "Le fort", un ancien remblais.

Six espèces d’Odonates (libellules et agrions), huit d'orthoptères (criquets et sauterelles), dont la Decticelle cendrée (Pholidoptera griseoaptera) dans le vallon de Vaudherland, la Mante religieuse (Mantis religiosa) dans une friche près de la Patte d’Oie de Gonesse, et 16 espèces de papillons ont été observées. Il s'agit d'espèces communes et largement représentées en Île-de-France, mais qui seraient en partie détruites par l'urbanisation de la zone.

Le Lézard des murailles (Podarcis muralis) a été observé sur des murets et dans la friche de la Patte d’Oie à Gonesse, et la Grenouille verte (Pelophylax esculentus) a été découverte dans les bassins du vallon de Vaudherland et le long de la RN 370.

Le Chevreuil (Capreolus capreolus) n'est pas fréquent, mais il parcourt la zone et se nourrit dans les friches. Le Renard (Vulpes vulpes) est présent, tout comme le Lièvre (Lepus capensis), peu commun, et le Lapin de garenne (Oryctolagus cunniculus), localement abondant.

Trois espèces de chauves-souris ont été identifiées : la Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus), le Vespertilion de Daubenton (Myotis daubentoni) et la Sérotine commune (Eptesicus serotinus). Elles chassent le long des boisements, des haies et près des rares zones humides, et elles nichent dans les cavités des arbres du bois de Vaudherland.

Alouette des champs (Alauda arvensis)

L'Alouette des champs (Alauda arvensis) niche sur le site du Trinane de Gonesse (photo prise dans le Morbihan).
Photographie : Marc Le Moal

Des points d’écoute ont été choisis en 2012 et en 2013 dans les milieux représentatifs (cultures, chemins, bosquets, bois, prairies, verger et bassins) pour recenser l'avifaune nicheuse, hivernante et migratrice (au printemps). 50 espèces ont été observées, dont 38 sont protégées en France. Parmi les 45 espèces probablement nicheuses recensées, citons la Perdrix grise (Perdix perdix) (bien présente), l'Alouette des champs (Alauda arvensis), la Bergeronnette printanière (Motacilla flava), le Pipit farlouse (Anthus pratensis), le Tarier pâtre (Saxicola torquata) et les Bruants proyer (Miliaria calandra) et jaune (Emberiza citrinella). Des oiseaux des milieux boisés se reproduisent aussi dans la zone, dont la Buse variable (Buteo buteo), l'Effraie des clochers (Tyto alba) (un couple) et la Chouette hulotte (Strix aluco) (entendue), le Rougequeue à front blanc (Phoenicurus phoenicurus) et la Fauvette des jardins (Sylvia borin).  

En automne et en hiver, on observe dans les cultures des rassemblements parfois importants de Vanneaux huppés (Vanellus vanellus) (jusqu'à 300 oiseaux ensemble), de Pluviers dorés (Pluvialis apricaria) (bandes de 20 à 50 individus), de Mouettes rieuses (Chroicocephalus ridibundus), de Pigeons ramiers (Columba palumbus), de Pipits farlouses (Anthus pratensis), d'Alouettes des champs, d'Étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris), de Linottes mélodieuses (Linaria cannabina), de Chardonnerets élégants (Carduelis carduelis), de Moineaux domestiques (Passer domesticus), de Corbeaux freux (Corvus frugilegus) et de Corneilles noires (Corvus corone). Les oiseaux des milieux boisés proches (mésanges, pics, pinsons, verdiers, troglodytes...) se nourrissent volontiers en automne dans les champs.

Le secteur n’est pas situé sur une voie migratoire importante, mais à la fin de l'hiver et au printemps, des bandes d’oiseaux descendant vers le sud, aux effectifs sont difficiles à évaluer, peuvent faire une halte dans le Triangle de Gonesse. Dix espèces ont été observées durant l'étude de 2013, dont le Vanneau huppé, l'Alouette des champs, le Cochevis huppé (Galerida cristata), la Grive litorne (Turdus pilaris), le Pinson des arbres (Fringilla coelebs) et le Pigeon ramier.

En résumé, cette riche zone agricole, l'une des dernières de la proche banlieue parisienne, entourée de zones urbanisées ou en voie d'urbanisation, constitue une aire de gagnage pour plusieurs espèces migratrices et hivernantes. Les cultures céréalières sont visitées par des oiseaux devenus rares si près de Paris, comme le Vanneau huppé, le Pluvier doré, le Corbeau freux, et la Perdrix grise. Ces terres offrent des ressources alimentaires indispensables pour les espèces qui nichent dans les bois, les villes et les villages alentours. Rappelons que les espèces des plaines agricoles sont globalement en déclin en France, du fait de pratiques agricoles non durables et de l'urbanisation croissante. Seule grande zone non éclairée du secteur durant la nuit, elle constitue un "havre nocturne" pour les migrateurs (lire La pollution lumineuse et les oiseaux).

Une artificialisation des sols (terrassements, construction de bâtiments et de routes, mise en place du réseau d’évacuation des eaux pluviales, plantations, aménagements paysagers...) détruirait leur richesse agronomique et leur rôle d'absorption des pluies et de régulation climatique locale.

L'étalement urbain en France constitue un vrai problème : 315 000 hectares ont été artificialisés entre 2006 et 2010, et 687 000 hectares en dix ans !

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