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À propos de la migration printanière du Busard pâle

En cette période de passage prénuptial des Busards pâles, nous présentons les résultats d’une intéressante étude menée par des ornithologues italiens en Sicile.

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À propos de la migration printanière du Busard pâle

Busard pâle (Circus macrourus) mâle adulte en migration, Corbreuse (Essonne), le 06/04/2016.
Photographie : Thibaut Chansac

Le Busard cendré (Circus pygargus) est un visiteur d'été en Europe et en Asie occidentale et centrale hivernant en Afrique sub-saharienne et en Asie centrale (sous-continent indien et régions adjacentes). Le Busard pâle (Circus macrourus), qui lui ressemble beaucoup, niche dans les plaines herbeuses et les steppes sèches, essentiellement de l'Ukraine et du sud de la Russie au nord-ouest de la Chine et à l'ouest de la Mongolie. Il hiverne dans le sous-continent indien et en Afrique subsaharienne, quelques individus passant toutefois la mauvaise saison au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Au printemps, principalement en mars-avril, quelques oiseaux (surtout des mâles adultes plus faciles à identifier, lire Identifier le Busard pâle) peuvent être vus en France lors de la migration prénuptiale (voire  une synthèse des données dans notre rubrique Observations). Certaines années, comme en 2013 et en 2015, on assiste même à des "afflux" (lire Comment expliquer les afflux récents de Busards pâles au printemps en Espagne ?).

En Europe de l'Ouest, le meilleur site pour observer le passage prénuptial du Busard pâle est le détroit de Messine entre la Sicile et la Calabre (Italie). Pour mieux comprendre cette migration, Michele Panuccio et Nicolantonio Agostini ont effectué entre le 1er avril et le 20 mai en 2002 et 2004 un suivi des Busards pâle et cendré survolant Ustica (une petite île située à 60 km au nord-ouest de la Sicile) et le détroit de Messine (lire Observer les oiseaux en Sicile).

Contrairement à la plupart des autres rapaces qui préfèrent migrer au-dessus des terres, les Busards pâles et cendrés n’hésitent pas à traverser de grandes étendues marines grâce à leur vol battu puissant. Pour cette raison, peu de concentrations de ces oiseaux sont notées au-dessus des grands sites de suivi de la migration. Au printemps, un passage significatif de Busards pâles et cendrés est toutefois observé depuis certains sites de suivi dans le centre de la Méditerranée (en Italie et en Tunisie).

Au total, 40 Busards pâles ont été identifiés au-dessus d'Ustica et 25 au-dessus du détroit de Messine (passages estimés respectifs de 66 et 35 oiseaux) entre le 1er avril et le 20 mai 2002 et 2004. Le nombre de femelles adultes dépassait celui des mâles, tandis que les adultes étaient plus nombreux que les juvéniles (lire Un Busard pâle juvénile en Charente-Maritime : identification et réflexions). Les périodes de passage des adultes et des juvéniles se chevauchaient largement.

Sur la même période, 126 Busards cendrés ont été comptés au-dessus d'Ustica et 143 au-dessus du détroit de Messine (passages estimés respectifs de 184 et 195 oiseaux). Le nombre d'adultes dépassait celui des juvéniles, mais la proportion de juvéniles était plus élevée que chez le Busard pâle. Chez le Busard cendré, la différence entre les nombres de mâles et de femelles n'était pas significative. Le pic du passage des mâles adultes a été atteint avant celui des femelles adultes, tandis qu'aucun pic n'a été constaté pour les juvéniles. Notons que la plus grande facilité d’identification des mâles adultes pourrait peut-être avoir influencé ces résultats.

Corso et Cardelli (2004) avaient supposé que les Busards pâles qui traversaient la Méditerranée entre le cap Bon (Tunisie) (participez au camp de suivi de la migration des oiseaux au Cap Bon en 2013) et l'ouest de la Sicile bifurquaient ensuite au-dessus du détroit de Messine (62 oiseaux comptés en moyenne par an entre 1997 et 2001, et 132 en 2001, essentiellement des juvéniles). Il avait aussi noté important passage printanier au-dessus de Malte et du cap d'Otrante (sud de l'Italie).

Situations du cap Bon (Tunisie), du détroit de Messine et de l'île d'Ustica (Italie)

Situations du cap Bon (Tunisie), du détroit de Messine et de l'île d'Ustica (Italie).
Carte : Ornithomedia.com

Ces résultats semblent montrer que les Busards pâles ont tendance à migrer le long de voies parallèles au-dessus de la Méditerranée centrale. Les oiseaux quittant l'Afrique au niveau du cap Bon pourraient ensuite être ceux qui sont observés au-dessus d'Ustica, tandis que ceux vus au-dessus du détroit de Messine pourraient avoir traversé la Méditerranée en survolant Malte et d'autres petites îles entre la Tunisie et le sud de la Sicile. Toutefois, dans le cas de conditions météorologiques difficiles, des oiseaux pourraient préférer éviter de survoler la mer Tyrrhénienne (la partie de la Méditerranée comprise à l'ouest par la Corse et la Sardaigne, à l'est par la péninsule italienne, et au sud par la Sicile) et décideraient de passer au-dessus du détroit de Messine.

Alors que les juvéniles de nombreuses espèces de rapaces ont tendance à rester dans leurs zones d'hivernage au cours de leur premier été, un nombre apparemment significatif de Busards pâles juvéniles fait le voyage vers le Nord à cet âge.

Généralement, chez les migrateurs au long cours, les juvéniles migrent plus tard que les adultes au printemps. Chez le Busard pâle par contre, Corso et Cardelli ont constaté lors de leur suivi mené entre 1997 et 2001 un important chevauchement de dates entre les classes d'âges. Comme chez le Busard des roseaux (Circus aeruginosus), cela s'expliquerait par un passage simultané des juvéniles hivernant près de la Méditerranée centrale et des adultes passant l'hiver en Afrique tropicale. Contrairement à ce qu'avaient constaté Corso et Cardelli (2004), Michele Panuccio et Nicolantonio Agostini n'ont pas noté de passage marqué plus précoce des mâles adultes, même si leur migration était plus concentrée entre le 1er et 20 avril que celle des femelles. Chez le Busard pâle, la polygynie (un mâle s'accouple avec plusieurs femelles) est a priori inconnue, et les adultes arrivent déjà appariés sur les sites de migration. Par contre, chez le Busard cendré, la polygynie est fréquente, et les mâles arrivent avant les femelles.

Les proportions des oiseaux par sexe pourraient refléter celles dans leurs zones d'hivernage en Afrique de l'Ouest. En particulier, des observations au Sénégal n'avaient pas montré de différences nettes des nombres de mâles et de femelles adultes chez le Busard cendré. Peu de données sont disponibles pour le Busard pâle dans leurs zones d'hivernage africaines, toutefois, le nombre de mâles adultes serait plus élevé que celui des femelles en Afrique orientale.

Le passage postnuptial de ces deux espèces en Europe est moins important qu'au printemps. Les Busards cendrés survolent alors principalement le détroit de Gibraltar, les oiseaux effectuant ainsi une migration circulaire partielle (survol du centre de la Méditerranée au printemps, puis retour automnal en survolant l'Europe de l'Ouest). La perte de certaines plumes lors de leur mue postnuptiale pourrait en effet les obliger à rester au-dessus des terres afin d'économiser leur énergie (leur vol serait en effet moins efficace qu'au printemps). Les Busards pâles pourraient aussi réaliser une migration circulaire entre la Méditerranée centrale au printemps et orientale en automne, mais on manque d'informations pour le confirmer.

Pour certains auteurs, le passage plus important des Busards pâles au printemps au-dessus de la Méditerranée centrale résulterait de mouvements vers l'ouest de l'Afrique durant l' hiver : au printemps, des oiseaux hivernant en Afrique de l'ouest suivraient ainsi une route plus directe pour atteindre leurs zones de reproduction en Europe orientale. Mais là aussi, davantage de données seraient nécessaires afin de mieux comprendre la route migratoire de cette espèce en automne entre l'Italie et la Tunisie. En particulier, des données de baguage suggèrent qu'à cette période de l'année, les Busards pâles survolent tardivement cette région : trois oiseaux bagués au cap Bon au printemps ont ainsi été renotés dans le sud de l'Italie en novembre. Au dessus de la Méditerranée, la plupart des observations de rapaces durant le passage postnuptial étant réalisées entre la seconde partie d'août et la mi-octobre, le passage des Busards pâles pourrait simplement passer inaperçu. 

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Dans la rubrique Observations d'Ornithomedia.com

Busard pâle (Circus macrourus)

Source

Michele Panuccio et Nicolantonio Agostini (2006). Spring migration of Pallid (Circus macrourus) and Montagu’s Harriers (Circus pygargus) in relation to sex and age classes at two watchsites of the Central Mediterranean. Buteo 15. Pages 3-10. http://www.raptormigration.org/panuccio_Buteo2006.pdf

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